installation et gestes
Jardin remarquable – Centre d’art et de recherche de Mana (CARMA) – 2023
texte de Patrick Lacaisse – commissaire d’exposition Autel garnis
« Ophélie Carpentier travaille sur le paysage et les gens qui l’occupent où le traversent. Plasticienne et paysagiste de formation, elle utilise dans certaines de ses installations un média sophistiqué, la vidéo.
Mais pour installer Des tertres sous le calebassier dans les jardins du Carma, elle est allée chercher un outil rudimentaire, le râteau-feuilles.
Des tertres sous le calebassier nous ramène aux premiers temps du paysage anthropisé et aux derniers temps du vivant avec la mort et les funérailles.
L’intervention de l’artiste sous le calebassier est d’une rigueur et d’une évidence entière : Pour servir le propos d’Autels garnis, elle organise les éléments au sol et sous l’arbre en les dressant vers le haut, en râtelant un tas de sable blanc ici, du sable jaune là, des graviers, une touffe d’herbe, des débris de calebasses, des feuilles mortes.
Ophélie a prélevé des branches sur l’arbre, les a liées et dressées en faisceau, comme un nid, pour supporter les fruits qui mûrissent doucement sur l’arbre, du vert tendre au noir en passant par toutes les nuances du brun.
Cette dernière intervention, peut-être la plus sophistiquée de l’installation, rend l’arbre vénérable, honore et célèbre la calebasse, le fruit qui sert les offrandes et les prières aux ancêtres.
L’artiste minimaliste finalise son intervention en assemblant des briques rouges pour retrouver la forme d’une pyramide, aux allures de temple sacrificiel maya.
Un an plus tard, de passage au Carma, l’artiste parachève son ouvrage d’un geste absolu : elle recouvre son faisceau de branches porteur de calebasses, de limon collecté sur les berges de la Mana. Avec cette matière charriée par l’Amazone depuis les contreforts andins, elle replace ce petit jardin mananais au sein du fascinant territoire amazonien.
Un banc est installé en vis-à-vis de l’œuvre, et un carnet présente cinq images aux visiteurs contemplatifs :
Un fagot de bois assemblé par un paysan
Le sacrifice d’Isaac, peinture de Mathias Stomer, XVIIe siècle
Une tour en bois élevée pour le saut du Gol au Vanuatu
Un bûcher mortuaire sur les bords du Gange
Un tumulus funéraire.
Des tertres sous le calebassier, d’une poésie radicale, invite les promeneurs à regarder des histoires au jardin. »




